📖 Demain les chiens — Clifford D. Simak
Titre original : City — J’ai Lu, 2003 — 288 pages

Et si des millénaires après la disparition des humains, des chiens assis autour d’un feu se racontaient des histoires sur nous, comme nous racontons des mythes antiques ?
C’est le postulat génial de Demain les chiens, l’un des plus beaux livres de science-fiction jamais écrits. Publié initialement en 1952 par Clifford D. Simak, ce recueil de huit nouvelles (plus une neuvième ajoutée plus tard) forme une œuvre romanesque d’une cohérence rare, où chaque chapitre est précédé d’un commentaire de trois exégètes canins — Tige, Bounce et Rover — qui débattent de la véracité historique des récits.
Ce billet est une relecture. La première lecture de ce livre remonte aux années 1970. Cinquante ans plus tard, je l’aime toujours autant — ce livre atypique n’a rien perdu de son pouvoir d’émerveillement ni de sa mélancolie douce.
Une fresque sur plusieurs millénaires
Le récit commence en 1990 (date de publication de la première nouvelle : 1944) et s’étend sur des milliers d’années. Il raconte l’effacement progressif, presque doux, de l’humanité :
- La Cité — La ville comme structure sociale s’effondre. Les hélicoptères privés et les moteurs atomiques permettent à chacun de vivre isolé dans la nature.
- La Carrière — Jérôme Webster, médecin génial frappé d’agoraphobie, ne peut sauver son ami martien Juwain. Apparition de Jenkins, le robot majordome immortel.
- Les Chiens — Bruce Webster donne la parole aux chiens par chirurgie. Naissance d’une espèce pensante canine.
- Le Paradis des galopeurs — Sur Jupiter, les humains se transforment en créatures joviennes et découvrent un paradis sensoriel. Ils choisissent de ne pas revenir.
- Le Paradis — La révélation de Jupiter provoque l’exode progressif de l’humanité.
- L’Âge des robots — Les chiens, supervisés par Jenkins (2 000 ans), gèrent la Terre. Les humains ont presque tous disparu.
- Le Jeu — À Genève, les derniers humains vivent dans une douce décadence.
- L’Artisanat — Les fourmis développent une civilisation industrielle.
Ce qui rend ce livre unique
La mélancolie plutôt que l’apocalypse — Simak ne raconte pas une fin du monde violente. Les humains ne s’entre-tuent pas, ils s’effacent, doucement, chacun choisissant une vie meilleure ailleurs. C’est une élégie, pas un cataclysme.
Jenkins — Le robot qui traverse les millénaires, témoin et gardien de la mémoire humaine, est l’un des plus beaux personnages de robots de toute la science-fiction. Sa fidélité à des créatures qui ont disparu depuis longtemps est profondément émouvante.
La structure narrative — Des chiens qui commentent des histoires sur les humains comme nous commenterions les mythes grecs : c’est un renversement de perspective magistral qui force à s’interroger sur ce que nous laisserons derrière nous.
L’optimisme étrange — L’idée que Jupiter soit un paradis où l’esprit s’épanouit, que les chiens deviennent sages, que les robots restent fidèles, tout cela compose une œuvre étonnamment optimiste pour une histoire de fin de l’humanité.
En résumé
Demain les chiens n’est pas de la SF technologique ou martiale. C’est une fable philosophique, pastorale et mélancolique, écrite par un journaliste du Wisconsin qui croyait en la bonté fondamentale des êtres — humains, chiens, robots ou mutants. Un classique indispensable qui mérite amplement sa réputation de chef-d’œuvre, et qui résiste remarquablement à une relecture un demi-siècle plus tard.
Référence
Simak, C. D. (1952/2003). Demain les chiens. Paris : J’ai Lu. 288 p. ISBN 9782290070628.
Note de lecture publiée sur le blog Rouzé — catégorie Lectures.