De la rue au rĂ©gime d’exception, puis au test de l’« acte II »
Après le 17 octobre, la rĂ©ponse publique a changĂ© d’instrument avant de changer de discours : couvre-feux localisĂ©s reconduits nuit après nuit Ă Paris, Marseille, Toulouse, Lyon, Bordeaux, Lille, Nice et dans six communes martiniquaises, arrĂŞtĂ©s prĂ©fectoraux, cortèges interdits, unitĂ©s d’Ă©lite (RAID, GIGN, BRI) envisagĂ©es pour le maintien de l’ordre. Le bilan rĂ©pressif est dĂ©jĂ documentĂ© : 8 000 gardes Ă vue en un mois, dont 85 % de mineurs. Le samedi 24 octobre, l’« acte II » a rĂ©uni 410 000 manifestants selon le ministère de l’intĂ©rieur et plus de 800 000 selon la CGT, avec près de 1 000 interpellations — cortèges largement calmes Ă Paris, manifestation interdite et Ă©touffĂ©e au gaz lacrymogène Ă Lyon. Les « gilets jaunes » appellent dĂ©jĂ au 31 octobre, en dĂ©plaçant le motif du pouvoir d’achat vers « la dĂ©fense des libertĂ©s publiques » : c’est le changement de terrain qui compte, pas le chiffre de la rue.
- Manifestations du 24 octobre : entre 410 000 et 800 000 manifestants, près de 1 000 interpellations
La dette fixe désormais le calendrier politique
Le seuil symbolique est tombĂ© le 21 octobre : le rendement français Ă dix ans a franchi 5 % en sĂ©ance, plus haut depuis juillet 2002, et l’Ă©cart avec le Bund retrouve son niveau record depuis la crĂ©ation de l’euro — une sanction que Le Monde attribue Ă la crise politique française elle-mĂŞme, non Ă un choc externe. Le mĂŞme jour, la Cour des comptes qualifie les finances sociales de « situation extrĂŞmement pĂ©rilleuse » et demande un retour Ă l’Ă©quilibre d’ici 2030. La semaine s’achève sur deux signaux contradictoires : les dĂ©putĂ©s rejettent la partie recettes du PLFSS, tandis que Moody’s maintient la note souveraine Ă Aa3 — en l’assortissant d’une perspective nĂ©gative, quand S&P et Fitch ont dĂ©jĂ durci leur apprĂ©ciation. Entre les deux, l’État prĂ©lève 2 milliards d’euros dans les comptes de l’UnĂ©dic.
- L’agence Moody’s ne dĂ©grade pas la note de la France malgrĂ© l’incertitude budgĂ©taire et politique
Le RN installe sa campagne sur le terrain de l’ordre
Les pillages du 17 octobre ont offert au Rassemblement national l’argument qu’il cherchait : le congrès d’OrlĂ©ans s’est tenu en camp retranchĂ© — 20 000 Ă 30 000 opposants attendus, commerces fermĂ©s, transports Ă l’arrĂŞt, 3 000 membres des forces de l’ordre — et Jordan Bardella y a Ă©tĂ© réélu avec 98,98 % des voix, seul candidat, sur fond d’adhĂ©sions triplĂ©es. Le parti se raconte en parti de l’ordre au moment mĂŞme oĂą la contestation lui fournit sa meilleure publicitĂ©. Ă€ droite de l’Ă©chiquier europĂ©en, l’inquiĂ©tude des institutions porte moins sur les scores des extrĂŞmes droites que sur leur capacitĂ© Ă retourner l’outil communautaire de l’intĂ©rieur, sur le modèle italien ; et Pierre Moscovici quitte la Cour des comptes europĂ©enne en disant redouter une pĂ©riode « difficile, voire tragique » avant 2027.
La mesure de l’opinion est elle-mĂŞme en crise
Quatre textes de The Conversation publiĂ©s cette semaine se lisent comme une sĂ©rie : avant les midterms amĂ©ricains du 3 novembre, les instituts de sondage enchaĂ®nent les ratĂ©s depuis 2016, subissent la concurrence des marchĂ©s prĂ©dictifs et des rĂ©ponses simulĂ©es par IA ; en Nouvelle-ZĂ©lande, oĂą l’on vote le 7 novembre, la multiplication des sondages ne produit que des photographies floues d’un instant passĂ© ; en Australie, 140 sondages depuis les lĂ©gislatives de 2025 nourrissent le cynisme dès qu’ils sont couverts en « journalisme hippique ». Ă€ six mois de la prĂ©sidentielle de 2027, la question n’est donc plus de savoir si les sondages se trompent, mais ce qu’ils font Ă la campagne et aux stratĂ©gies de vote.
Des SDR dans les puces les plus ordinaires
Après l’ESP32 et le LR2021 de LoRa, la dĂ©monstration continue : un simple adaptateur Wi-Fi MediaTek MT7921AU expose lui aussi un Ă©chantillonnage I/Q de debug, avec deux pilotes indĂ©pendants sortis en quelques jours (40 MĂ©ch/s en 14 bits sans toucher au firmware, ou 80 MHz de bande au prix d’un firmware modifiĂ©). La règle se confirme : la radio est dans la puce, reste Ă la trouver.
Un sniffer Meshtastic autonome pour DragonOS
Un binaire en C sans GNU Radio qui balaie la bande LoRa du protocole et décode le trafic quand la clé est connue — du diagnostic impossible avec un nœud Meshtastic standard, qui ne montre que son propre voisinage.
Reste-t-il des cibistes dans la Manche ?
Un fil du forum Cibi qui vaut mode d’emploi : appeler sur le 19 et le 27 en AM, Ă©couter le 4 et le 12 en USB, attendre la propagation, rouler en mobile pour se faire entendre. Et un constat plus large — « en VHF quasi plus un relais debout dans le 33 ».
Le rĂ©tro-computing comme pratique d’atelier
Le dĂ©fi 2026 porte sur le vrai obstacle : faire parler des machines vintage avec du matĂ©riel moderne. Autour, une explication utile du connecteur S-Video 7 broches des portables des annĂ©es 2000, une Game Boy Advance non modifiĂ©e transformĂ©e en synthĂ©tiseur et un cyberdeck (le Slurptop) qui assume l’esthĂ©tique sans sacrifier le travail rĂ©el.
Un agent de code piloté au talkie-walkie
Un livreur voulait continuer Ă travailler sur ses projets avec Claude Code en tournĂ©e : il a construit une interface radio vocale. C’est le cas d’usage le plus concret de la semaine pour l’IA embarquĂ©e dans un objet non informatique — et une raison de regarder les outils qui coupent Apple Intelligence sur Mac (RemoveMacAI) avec le mĂŞme Ĺ“il.
200 notes collectĂ©es dans le coffre du lundi 19 au samedi 24 octobre : 113 politique, 23 sciences, 17 diy, 12 tech, 6 culture, 6 histoire, 6 radio, 5 ia, 5 zĂ©tĂ©tique, 3 sĂ©curitĂ©, 1 tourisme, 1 impression 3D, 1 linux, 1 piratebox. RĂ©cap arrĂŞtĂ© au samedi : les articles du dimanche 25 ne sont pas encore parus Ă l’heure de la collecte, la nuit a toutefois ramenĂ© 30 notes de plus (21 politique, 7 diy, 1 culture, 1 ia).